Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline

Résumé du 4e de couverture (extrait) :
- Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…
- Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.
Mon résumé : Ferdinand Bardamu, homme jeune au début du roman, puis moins, paumé, mais avec quelques convictions qui souvent ne tiennent pas, au fur et à mesure qu’il « s’enfonce dans la nuit », sans illusions, désabusé, blasé de plus en plus, mais sans provocation. Il rencontre d’abord la guerre, qu’il refuse (cf. ci-dessus ^^), Lola qui finit par le refuser, pour la raison susdite. Il voyage, aux colonies, il est médecin, à Rancy, il part, il revient… Mais il s’enfonce dans la dépravation, environné de misère, de haine, de vices qui le gagnent peu à peu.
Extraits : « Ils n’étaient plus en fin de compte eux-mêmes que de vieux rongeurs domestiques, monstrueux, en pardessus. La gloire de nos jours ne sourit guère qu’aux riches, savants ou non.Les plébéiens de la Recherche ne pouvaient compter pour les maintenir en haleine que sur leur propre peur de perdre leur place dans cette boîte à ordures chaude, illustre et compartimentée, [L’Institut Bioduret Joseph]. C’était au titre de savant officiel qu’ils tenaient essentiellement. Titre grâce auquel les pharmaciens de la ville leur accordaient encore quelque confiance pour l’analyse chichement rétribuée d’ailleurs, des urines et des crachats de la clientèle. Casuel bourbeux du savant. »
« Personne ne me payait. J’ai consulté à l’œil, surtout par curiosité. C’est un tort. Les gens se vengent des services qu’on leur rend. »
« Il lui reprit l’argent d’autorité et à la place des pièces lui chiffonna dans le creux de la main un grand mouchoir très vert qu’il avait été cueillir finement dans une cachette du comptoir.
Le p !ère nègre hésitait à s’en aller avec ce mouchoir. [Le gérant de la boutique] fit alors mieux encore. Il connaissait décidément tous les trucs du commerce conquérant. Agitant devant les yeux d’un des tout petits noirs enfants, le grand morceau d’étamine : « Tu le trouves pas beau toi dis morpion ? T’en as souvent vus des comme ça dis ma petite mignonne, dis ma petite charogne, dis mon petit boudin, des mouchoirs ? » Et il le lui noua autour du cou d’autorité, question de l’habiller. »
Critique : Un roman magnifique, mais dont on ne sort pas indemne. Il suinte, il dégouline de désespoir, ce livre ! Il donne la sensation d’être en sueur un jour orageux très chaud, lourd, avec ciel gris et pas de réjouissances en perspective. On transpire notre optimisme, on le pleure. Les personnages sont répugnants mais banals, entourés d’êtres pires ou équivalents, les décors sont tristes ou invivables. On suit un impuissant presque volontaire jusqu’ « au bout de la nuit », dans le noir sans nuances. Les puissants sont terribles et impitoyables, aussi on espère voir les sous-fifres se serrer les coudes. Quelle utopie… Chacun dans sa crasse, à se plaindre et se salir encore plus (pour arriver à l’imperméabilité ?), se réjouit quand le voisin se ramasse la gueule sur une poubelle puante. L’autre est là pour qu’on lui déverse le trop-plein de saletés, de haine et de rancœur.
Ça donne envie, hein ?
Mais tout ceci n’empêche pas que ce soit très bien écrit, d’ailleurs Céline a révolutionné l’écriture romanesque avec son style très oral et argotique… mais tellement littéraire. C’est à lire à doses savamment choisies, il faut faire attention à garder ses distances (j’ai du mal, d’ailleurs !), en alternant par exemple avec un livre plus léger ou drôle (je l’ai fait avec un Pratchett – prochaine critique ^^).
Malgré tout, je le conseille vivement, sauf aux âmes trop sensibles, ou aux gens qui vont déjà mal (ça ne risque pas de vous remonter le moral !). Il aide à ouvrir les yeux mais aussi à choisir des filtres pour regarder le monde – le regarder sans rend malade, fou, ou dépressif, je pense.
+/- : impossible de juger ce livre ainsi !
Note : impossible également (… pour moi !)
Détails pratiques : - plein d’éditions (12 sur le site de la FNAC) ! Mais entre autres Folio chez Gallimard
- 621 pages dans cette collection
- Prix FNAC : 7,79 € |